Une conversation en profondeur avec Reyhaneh sur la migration, l'épanouissement, l'identité et la quête pour trouver sa place
« C'est le processus d'apporter de la clarté dans la complexité et de transformer l'imagination en réalité. »
Lorsque Reyhaneh prononce cette phrase, celle-ci résonne à la fois comme une réflexion mûrement réfléchie et comme l'expression d'une expérience vécue. C'est une description de l'architecture, mais aussi de son propre parcours. Son histoire commence à Shiraz, une ville historique d'Iran, où l'art, la poésie et la science s'entremêlent depuis des siècles. En 2019, elle a décidé de venir en Belgique pour suivre un master en architecture. Ce choix, dit-elle, a redéfini son univers à bien des égards.
Ce déménagement représentait bien plus qu'un autre environnement académique. C'était un changement de langue, de culture et d'attentes. Alors que son baccalauréat en Iran était fortement axé sur la technique et la construction précise, les programmes belges mettaient fortement l'accent sur la réflexion conceptuelle, l'analyse et l'étude de l'architecture en tant que phénomène social. C'était un défi, parfois épuisant, mais surtout enrichissant.
Un nouvel environnement, une nouvelle façon de voir les choses
Reyhaneh explique que le contexte international de la formation lui a ouvert de nouveaux horizons. La diversité des étudiants, de leurs origines et de leurs repères a créé un environnement d'apprentissage qui l'a influencée non seulement sur le plan architectural, mais aussi sur le plan personnel.
- « C'était une expérience unique de se retrouver dans un studio avec des gens qui avaient tous des points de vue différents. Cela t'amène à redécouvrir le métier sous des angles que tu n'avais jamais envisagés auparavant. »
Elle se souvient avoir choisi, dans le cadre de son projet de master, d'approfondir ses recherches sur un style architectural iranien, un sujet peu connu en Belgique.
- « J'ai apprécié la liberté académique et la marge laissée pour ce type de recherche. C'était important pour moi, car cela m'a permis de faire le lien entre mon parcours personnel et mon nouvel environnement. »

À la recherche d'une direction, à la recherche de soi-même
Interrogée sur ses premiers doutes, Reyhaneh explique que le début de ses études n'a pas été évident. « J'ai connu des hauts et des bas. Je me demandais parfois : est-ce vraiment la direction que je veux prendre ? Mais je suis quelqu'un qui s'épanouit à la croisée de différents mondes. Je revenais toujours à ce sentiment que l'architecture éveillait quelque chose en moi — cette combinaison de mathématiques, de logique, de beauté et de créativité. »
Elle se montre étonnamment pragmatique à propos des personnes qui lui servent de référence. « J'ai un mentor dans ma vie, mais pas dans le domaine de l'architecture. Je pense qu'il est dangereux d'idéaliser quelqu'un. Il faut trouver sa propre route. Bien sûr, cela peut aider de voir quelqu'un qui vous inspire, surtout quand on est jeune. Mais au final, cette perspective doit venir du fond de soi. »
La migration, un élément qui se superpose à tout le reste
Migrer, c'est repartir à zéro dans presque tous les domaines. Le passage des études à la vie professionnelle est déjà un grand changement en soi, mais lorsque s'y ajoutent les différences linguistiques, administratives et culturelles, cela apporte une complexité supplémentaire. Et pourtant, dit Reyhaneh, c'est cette complexité qui a fait d'elle la personne qu'elle est aujourd'hui.
Je ne peux pas imaginer ma carrière sans le chemin que j'ai parcouru.
Elle explique que la migration peut parfois ralentir les choses. Non pas parce qu'on est moins capable, mais parce que tout prend plus de temps. Les documents, les réglementations, les nuances linguistiques, les réseaux.
«Mais après coup, on se rend compte que ce ralentissement est en fait source d'enrichissement. Notre vision s'élargit, notre boîte à outils s'étoffe. On apprend à aborder les situations sous différents points de vue, ce qui nous rend plus forts tant dans notre travail que dans notre vie. »
Le secteur de l'architecture : beauté et suspense
Reyhaneh est honnête quant au secteur lui-même : l'architecture est un métier intense. Rythmé par les délais, lourd en responsabilités, parfois trop compétitif.
« Nous sommes constamment en concurrence les uns avec les autres lors des concours, et cette mentalité de compétition semble profondément ancrée dans le secteur de l'architecture. Elle surgit là où elle n'a pas vraiment sa place. Alors qu'au fond, nous sommes tous dans le même bateau. Ce n'est que lorsque nous le reconnaîtrons en tant que communauté que les choses pourront vraiment changer. »
L'architecture est rarement jugée de manière totalement objective. Au contraire, cette discipline est depuis longtemps considérée comme une passion subjective plutôt que comme une profession disciplinée. Selon elle, c'est précisément cette image idéalisée de la « passion » qui exacerbe les problèmes internes liés à la gestion de projet et qui, en même temps, donne une image déformée de la profession au regard du monde extérieur.
« Les délais sont parfois fixés sans estimation réaliste. On finit alors par travailler tard, parce que cela fait partie du quotidien. Mais pourquoi en est-il ainsi ? D'autres secteurs ont eux aussi des délais, mais les gèrent de manière beaucoup plus rationnelle. »
Cette question s'est posée avec plus d'acuité lorsque sa sœur — qui travaille dans un autre domaine — a remarqué : « Pourquoi est-ce toujours aussi extrême chez vous ? » Cela a amené Reyhaneh à réfléchir à la nécessité d'une gestion de projet plus stratégique et plus cohérente au sein des cabinets d'architecture.
Sur le courage, la subtilité et le fait d'être parfois seul
Elle a parfois été confrontée à des situations de discrimination, même si celles-ci étaient subtiles. « Peut-être qu'une ou deux fois, je me suis dit : « On ne dirait pas ça à un collègue belge. » Mais j'essaie de me concentrer sur ce que je peux contrôler : ma préparation, ma communication, mon expertise. »
Elle connaît bien ce sentiment d'être parfois la seule — à cause de sa langue, de ses origines ou de son genre. « Cela nous oblige parfois à en faire plus pour prouver notre valeur. Mais en même temps, c'est justement grâce à cela qu'on apprend vraiment qui on est, ce qui nous anime et quelles sont nos forces. »
L'avenir : définir une orientation, renforcer la diversité
Reyhaneh rêve d'un secteur qui fonctionne de manière plus professionnelle et plus humaine. Elle plaide en faveur d'une meilleure organisation, d'une communication claire, d'attentes réalistes et d'une plus grande attention portée à l'accompagnement, tant sur le plan technique qu'humain.
« Ton histoire peut sembler être une faiblesse, mais elle peut devenir ta force unique. »
Elle souhaite également que la diversité dans le secteur ne se contente non seulement d'être présente, mais qu'elle soit aussi visible, soutenue et valorisée. « La convergence de différentes perspectives renforce les équipes et enrichit les projets. »
Remerciements
Nous remercions la NAV pour leur accueil chaleureux et pour nous avoir permis d'utiliser leurs locaux pour l'enregistrement de cette interview. Cet environnement inspirant constituait un cadre idéal pour cet entretien.
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